La beautÉcomme antidote

Danièle Gillemon


De temps à autre, aux cimaises de cette galerie, une exposition ancrée dans l'histoire recente vient éclairer l'art contemporain. Devant ce magnifique rassemblement de collages, on pense au dadaïsme, aux recherches suprématistes et constructivistes des Russes et des Européens avant qu'un collectivisme pervers ait eu raison de cette intelligence de la géométrie pliant à sa loi la réalitÉsociale et politique. Karl Waldmann, s'il évoque Schwitters et d'autres célébrités comme Raoul Haussmann, s'en distingue Dar l'usage particulier qu'il fait du collage, la synthèse qu'il opère sur toute cette avant-garde. Son écriture est particulièrement enlevée, son esthètique, fluide et tendue, sa palette de tons sépia presque toujours ennoblie du rouge et du noir de la tragédie et la beauté, délibérément voulue. On ne sait pas grand-chose de cet artiste allemand nÉentre 1890 et 1900 aux environs de Dresde sauf qu'il disparut en URSS avec sa compagne, probablement dans un camp de travail et qu'il était considérÉpar sa propre famille comme un dangereux dissident. L'oeuvre heureusement donne des indications, fragments d'écrits et d'images révelant parfois leur provenance. L'iconographie éclatée, la dynamique des formes souvent acérées fustigent les totalitarismes comme machine à broyer l'individu. Le vocabulaire, où abondent les éléments d'une modernitÉsynonyme de déshumanisation, contraste avec le charme des visages et des corps féminins, signant une critique en règle de l'entre-deux-guerres toujours inféodée à la beautÉplastique. Le document est pris dans une vraie logique picturale non sans I'avoir lestée d'une extrê me tension, I'audace de ces visions résidant dans un mélange assez unique d'esthétisme, de cri et de poésie.